Rendez-vous raté en France
Mais après la disparition aussi soudain que prévisible de l’épreuve française, rien n'est acquis.
Bernie Ecclestone a toujours critiqué l'étape française, lui reprochant sa difficulté d'accès et son manque d'infrastructures d'accueil (autoroutes, hôtels, boîtes de nuit, ...). Depuis que la situation délicate du GP ne pouvait plus être cachée, le grand argentier de la F1 s'est pris à rêver d'une course disputée dans les rues de Paris.
La France n'en est pas au point de réaliser ce fantasme fou – nul doute qu'une telle manifestation est impossible à réaliser tant le lobbying anti-voiture est fort dans la capitale – mais de nombreux projets ont éclos depuis l'annonce de la suppression de Magny-Cours.
Du Château de la Belle au bois dormant au Palais des glaces
C'est EuroDisney qui a dégainé le premier en proposant un projet en apparence solide. Le
transport, les hôtels et la proximité de Paris, le support d'un groupe privé solide et prêt à investir : Lagardère et le soutien d'Alain Prost, figure de proue du sport automobile français, ont
fait briller des étoiles dans les yeux de Bernie.Malheureusement, le projet a dû composer avec des opposants qu'on n'attendait pas forcément... Les écologistes et les riverains ont provoqué une véritable levée de boucliers qu'on n'avait pas vu à une époque pas si lointaine où tous accueillaient les équipes à bras ouverts. Il semblerait que les fans adorent la F1, mais pas sous leurs fenêtres.
De plus, les terrains qui devaient être mis à disposition du projet par EuroDisney n'étaient pas réellement disponibles. Ils devaient servir à une éventuelle extension du parc d'attraction et en aucun cas à la construction d'un circuit automobile.
Lassés et déçus par cette résistance, le groupe Lagardère et Alain Prost ont préféré jeter l'éponge.
Mais ce n'était pas fini. Les deux animateurs du projet avorté devaient rejoindre un nouveau prétendant pour lui prêter main forte. Leur dévolu allait se porter sur le projet de Flins, dans les Yvelines. Un projet qui avait démarré très timidement avant de prendre plus d'ampleur à mesure que Disney et d'autres s'emmêlaient les pinceaux.
Ses points forts ? Des autoroutes et des transports desservent bien le site. Le département
des Yvelines est un haut lieu historique de l'automobile; les grands constructeurs y sont implantés et paient des taxes professionnelles importantes qui doivent permettre de financer les
travaux. Partant d'une feuille blanche, le site veut se doter des meilleures technologies en terme de respect de l'environnement et de consommation d'énergie.Mais ce n'est pas suffisant pour les élus verts, les associations écologiques et les riverains du chantier. Plusieurs points obscurs ne plaident pas en la faveur de ce dossier.
D'abord le terrain : le futur circuit se trouve sur une zone partiellement inondable qui abrite une des plus grosses nappes phréatiques d'Ile de France. Sans compter que les terrains avaient été cédés par la ville de Paris au département en échange de l'engagement de ce dernier d'y pratiquer des activités d'agriculture biologique. Des agriculteurs avaient même commencé à payer leur loyer ! Ensuite le coût. Le circuit doit être financé avec l'argent des impôts locaux et donc avec l'argent des contribuables du département. La taxe professionnelle est appelée à disparaître pour être remplacée par autre chose, mais quoi ? Il en découle que tout le monde n'est pas forcément d'accord. Enfin, le passé trouble de Pierre Bedier (condamné à de la prison avec sursis et à six ans d'inéligibilité pour corruption) le met définitivement hors-jeu.
Le support d'Alain Prost n'est pas non plus une garantie en soi. L'échec du bio-carburant E85 dont il a été l'ambassadeur, l'abandon du projet DisneyLand et ses propos maladroits et inélégants à l'encontre des opposants et de l'opinion publique n'en font pas un formidable homme politique.
Ce projet est resté malgré tout en pôle provisoire un long moment, mais un nouveau rebondissement, constituant un obstacle majeur, vient tout juste d'avoir lieu. Le Parisien-Aujourd'hui en France, indique dans un article du 22 juin 2009, la découverte d'un site archéologique âgé de 13.000 ans et d'une valeur exceptionnelle.
Vers un retour aux sources
Le dossier a été présenté voilà quelques jours au siège de la Fédération Française de Motocyclisme. Et oui ! Jean-Pierre Beltoise a été également motard.
Mais ce n'est pas l'unique raison. Le site ambitionne de devenir un pôle technologique à part entière avec des pistes pouvant accueillir tout type de véhicule (auto, moto, 4x4 et F1), des installations dédiées au sport avec un stade couvert et des sites industriels à la pointe de la recherche sur les moteurs électriques ou les carburants verts.
Les promoteurs du projet restent discrets mais ne cachent pas leur volonté de rencontrer le Président de la République pour leur exposer leur dossier aux larges volets écologique et social dans cette région particulièrement touchée par le chômage.
Il y a quelques mois, Beltoise proposait même de payer le bail de Magny-Cours pour plusieurs éditions afin d'assurer la présence de la France au calendrier du championnat de Formule 1 en attendant la construction de la piste.
Aux abords de l'aéroport international de Roissy, les terrains ne sont utilisables que pour des activités industrielles. L'opposition ne devait pas être bien grande pensait-on. Mais une résistance naissante s'organise et met encore un fois en avant les mêmes points noirs que sur pour les autres sites : pollution, nuisances sonore, embouteillages... Points noirs auxquels semblent s'ajouter des questions politico-politiciennes.
Depuis quelques semaines, le circuit Paul Ricard du Castellet (celui-là même qui a cédé sa place à Magny-Cours en 1991) se dit prêt à réfléchir à l'organisation d'un GP.
Rien de bien solide pour le moment, mais dans cette période trouble où aucune décision claire n'émerge, Gérard Neveu, directeur de la piste - qui vient de recevoir son homologation -, se positionne et tâte le terrain.
Mais le Castellet souffre aussi de son isolement et d'un manque d'infrastructures. Pas sûr que Bernie abandonne son rêve de circuit autour de Paris...
Quoi qu'il en soit, la décision finale appartient justement à Bernie Ecclestone seul. Et aujourd'hui, il n'existe plus aucune garantie de revoir la Formule1 revenir en France. Comme nous le soulignions en début d'article, la FFSA a rompu unilatéralement son contrat avec la FOM. Si Bernie aime la France, il aime également son portefeuille (encore plus depuis son divorce) et les candidats potentiels pour l'organisation d'un GP sont encore nombreux. Certains pays sont prêts à payer des sommes astronomiques. L'arrivée de l'Inde en 2010 est probable. La Corée du Sud veut aussi son GP. La Bulgarie discute et le Portugal est déjà passé à l'acte avec sa piste de Portimao sur laquelle les F1 ont déjà roulé.
Les pays européens ne peuvent pas, ne veulent pas et ne doivent pas payer ces sommes incroyables en tant que lieux historiques du sport automobile.
Magny-Cours, qui a accueilli l'épreuve depuis 1991 semble définitivement écarté. Mais le circuit est aujourd'hui le seul à être capable d'accueillir les monoplaces sans délai !
Les travaux de raccordement de l'autoroute ont déjà démarré et le feu vert de Bernie suffirait à entamer l'amélioration les infrastructures et des paddocks du circuit. Le coût de quelques dizaines de millions d'euros serait faible comparé aux 100 à 200 millions d'euros qu'exigeraient les deux autres projets.
La France est un pays qui a été pionnier dans l'industrie et la compétition automobile. La première course sous l'appellation Grand Prix a eu lieu en 1906 au Mans. La F1 est toujours passée en France, que ce soit à Reims, à Rouen, à Clermond, au Mans, à Pau, au Castellet, à Dijon ou à Magny-Cours. Elle ne doit son absence en 1955 qu'à un terrible accident qui a endeuillé la course des 24h du Mans, entraînant l'annulation de nombreuses épreuves sur le territoire national.
Cependant, l'histoire de l'automobile est intimement liée à celle de notre pays et perdre un GP de F1 pourrait avoir des répercutions sur toute la filière du sport et de l'industrie en général.
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En 1977, l'usine Renault-Gordini est construite. C'est dans cette usine aujourd'hui agrandie que
furent conçus tous les moteurs F1 de la marque française, mais aussi les R5 Turbo pour le rallye par exemple. Aujourd'hui, l'usine conserve le nom "Gordini". Elle emploie environ 200 personnes
cette saison dont une grande partie d'ingénieurs mais aussi de mécaniciens, recrutés chez les titulaires de bac pro mécanique, spécialité moteurs de course. Il n'existe en effet pas de filière
spécifique pour intégrer la F1.
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