Jeudi 9 juillet 2009

Quand la F1 se déchirait

La FOTA et la FIA sont parvenues à trouver la semaine dernière un terrain d'entente sur le règlement de la F1 2010. Grâce à cet accord, le spectre d'un championnat parallèle semble s'éloigner, mettant fin à la plus grave crise politique traversée par la F1 depuis la guerre FISA-FOCA du début des années 1980. Petit coup d'œil dans le rétro.

Tout démarre au milieu des années 1970. Réunies par Bernie Ecclestone et Max Mosley, respectivement patrons de Brabham et de March, sous la bannière de la FOCA (la Formula One Constructors Association), les écuries entreprennent de négocier directement et collectivement avec les organisateurs de Grand Prix et avec les chaines de télévision afin d'obtenir de plus gros revenus. En agissant ainsi, la FOCA ne fait que combler un vide puisque la CSI (la Commission Sportive Internationale, l'organe sportif de la FIA) ne s'est jamais véritablement penchée sur les questions commerciales et a toujours laissé les écuries discuter individuellement et au cas par cas avec les organisateurs.

En 1977, un fait majeur va bouleverser les rapports entre la FOCA et la CSI : l'arrivée de Renault et du moteur turbo dans le championnat du monde. Bernie Ecclestone voit dans un premier temps d'un bon œil l'arrivée du constructeur français, dont le prestige est garant d'une médiatisation accrue, mais au fil des mois, les performances à la hausse du moteur turbo font peur à l'association des constructeurs, composée essentiellement d'artisans britanniques aux moyens limités et qui savent ne pas pouvoir développer une telle technologie. Progressivement, un bras de fer entre la FOCA et la CSI s'engage autour de deux points réglementaires : les jupes (éléments aérodynamiques qui procurent une formidable adhérence aux monoplaces) que pour de légitimes raisons de sécurité la CSI veut interdire, au grand dam de la FOCA, et les turbo, que la FOCA veut voir interdit.

Fin 1978, la CSI se discrédite en cédant au lobbying de la FOCA et en renonçant à interdire les jupes. Cela entraine l'élection à sa tête du Français Jean-Marie Balestre, un homme à poigne qui a justement fait campagne sur le thème "redonnons à la CSI son autorité". La lutte entre la Fédération Internationale du Sport Automobile (nouveau nom de la CSI suite à l'élection de Balestre) et la FOCA reprend de plus belle, et se transforme en véritable lutte d'égos entre Balestre et Ecclestone. Si les enjeux réglementaires sont réels, il n'échappe à personne qu'ils ne sont qu'un prétexte. Le véritable enjeu est bel et bien la lutte pour le contrôle de la F1, qu'il s'agisse de sa réglementation sportive ou de ses revenus commerciaux.

En 1980, Balestre frappe un grand coup en décidant à nouveau d'interdire les jupes, et propose de faire voter un règlement qui interdit aux écuries ou à son organe représentatif de négocier avec les organisateurs de GP ou les chaines de télévision. Concrètement, Balestre veut donc mettre au pas les écuries. Loin de désarmer, la FOCA décide alors de mener une véritable guérilla contra la FISA et son président. Les écuries affiliées à l'association des constructeurs vont notamment jusqu'à demander à leurs pilotes de boycotter les briefings d'avant course, institués par Balestre. La situation arrive à son paroxysme lors du GP d'Espagne 1980, où pour la énième fois, les pilotes FOCA boycottent le briefing obligatoire. La FISA hésite sur la marche à suivre et rechigne à suspendre les contrevenants, mais le ton est donné par Renault, Ferrari et Alfa Romeo (trois écuries "légalistes", c'est à dire non affiliées à la FOCA et fidèles à la FISA) qui décident de quitter le circuit pour protester contre l'attitude de la FOCA. Immédiatement, les officiels de la FISA leur emboitent le pas. La course a bel et bien lieu, organisée par la FOCA, mais est immédiatement considérée comme un "GP pirate" par la FISA, et est purement et simplement supprimée du championnat.

Grâce à la bonne volonté de tous, le championnat se poursuit sans autre incident majeur, mais en coulisses, la discorde entre la FOCA et la FISA est toujours aussi vive. Constatant l'inflexibilité de la FISA, la FOCA brandit alors la menace d'un championnat parallèle et fin 1980, crée même sa propre fédération, la "World Federation of Motor Sport". Les passionnés de F1 retiennent leur souffle et espèrent que le bon sens prévaudra, mais durant l'hiver, aucun accord n'est trouvé, et au mois de février 1981, toutes les écuries FOCA sont réunies à Kyalami sous l'égide de la WFMS pour y disputer le GP d'Afrique du Sud, avec des monoplaces munies de jupes et qui ne correspondent donc pas à la réglementation technique de la FISA.
Malgré l'absence des trois écuries légalistes (Ferrari, Renault, Alfa Romeo) et de Ligier, le plateau a fière allure puisqu'on y compte 19 voitures et que toutes les prestigieuses écuries britanniques sont là : Lotus, Brabham, Tyrrell, McLaren, Williams...Mais le GP est un échec : peu de médias internationaux ont répondu présents et la course se déroule dans un relatif anonymat. Rétrospectivement, que penser de ce GP d'Afrique du Sud ? Véritable coup d'envoi d'un championnat de F1 parallèle, ou simple démonstration de force de la FOCA destinée à impressionner et à faire plier la FISA ? Penchons plutôt pour la seconde hypothèse.

Consciente de ne pas être aussi forte qu'elle l'imaginait, la FOCA est contrainte de se rassoir à la table des négociations avec la FIA. De ces pourparlers, naitra une paix des braves officialisée par les "Accords Concordes" et dont le grand bénéficiaire sera Ecclestone, institutionnalisé "Grand Argentier" de la F1. En s'arrogeant la plus grosse part du gâteau des droits commerciaux, Bernie plante la graine des futurs conflits qui agiteront la F1.La FOTA et la FIA sont parvenues à trouver la semaine dernière un terrain d'entente sur le règlement de la F1 2010. Grâce à cet accord, le spectre d'un championnat parallèle semble s'éloigner, mettant fin à la plus grave crise politique traversée par la F1 depuis la guerre FISA-FOCA du début des années 1980. Petit coup d'œil dans le rétro.

Tout démarre au milieu des années 1970. Réunies par Bernie Ecclestone et Max Mosley, respectivement patrons de Brabham et de March, sous la bannière de la FOCA (la Formula One Constructors Association), les écuries entreprennent de négocier directement et collectivement avec les organisateurs de Grand Prix et avec les chaines de télévision afin d'obtenir de plus gros revenus. En agissant ainsi, la FOCA ne fait que combler un vide puisque la CSI (la Commission Sportive Internationale, l'organe sportif de la FIA) ne s'est jamais véritablement penchée sur les questions commerciales et a toujours laissé les écuries discuter individuellement et au cas par cas avec les organisateurs.

En 1977, un fait majeur va bouleverser les rapports entre la FOCA et la CSI : l'arrivée de Renault et du moteur turbo dans le championnat du monde. Bernie Ecclestone voit dans un premier temps d'un bon œil l'arrivée du constructeur français, dont le prestige est garant d'une médiatisation accrue, mais au fil des mois, les performances à la hausse du moteur turbo font peur à l'association des constructeurs, composée essentiellement d'artisans britanniques aux moyens limités et qui savent ne pas pouvoir développer une telle technologie. Progressivement, un bras de fer entre la FOCA et la CSI s'engage autour de deux points réglementaires : les jupes (éléments aérodynamiques qui procurent une formidable adhérence aux monoplaces) que pour de légitimes raisons de sécurité la CSI veut interdire, au grand dam de la FOCA, et les turbo, que la FOCA veut voir interdit.

Fin 1978, la CSI se discrédite en cédant au lobbying de la FOCA et en renonçant à interdire les jupes. Cela entraine l'élection à sa tête du Français Jean-Marie Balestre, un homme à poigne qui a justement fait campagne sur le thème "redonnons à la CSI son autorité". La lutte entre la Fédération Internationale du Sport Automobile (nouveau nom de la CSI suite à l'élection de Balestre) et la FOCA reprend de plus belle, et se transforme en véritable lutte d'égos entre Balestre et Ecclestone. Si les enjeux réglementaires sont réels, il n'échappe à personne qu'ils ne sont qu'un prétexte. Le véritable enjeu est bel et bien la lutte pour le contrôle de la F1, qu'il s'agisse de sa réglementation sportive ou de ses revenus commerciaux.

En 1980, Balestre frappe un grand coup en décidant à nouveau d'interdire les jupes, et propose de faire voter un règlement qui interdit aux écuries ou à son organe représentatif de négocier avec les organisateurs de GP ou les chaines de télévision. Concrètement, Balestre veut donc mettre au pas les écuries. Loin de désarmer, la FOCA décide alors de mener une véritable guérilla contra la FISA et son président. Les écuries affiliées à l'association des constructeurs vont notamment jusqu'à demander à leurs pilotes de boycotter les briefings d'avant course, institués par Balestre. La situation arrive à son paroxysme lors du GP d'Espagne 1980, où pour la énième fois, les pilotes FOCA boycottent le briefing obligatoire. La FISA hésite sur la marche à suivre et rechigne à suspendre les contrevenants, mais le ton est donné par Renault, Ferrari et Alfa Romeo (trois écuries "légalistes", c'est à dire non affiliées à la FOCA et fidèles à la FISA) qui décident de quitter le circuit pour protester contre l'attitude de la FOCA. Immédiatement, les officiels de la FISA leur emboitent le pas. La course a bel et bien lieu, organisée par la FOCA, mais est immédiatement considérée comme un "GP pirate" par la FISA, et est purement et simplement supprimée du championnat.

Grâce à la bonne volonté de tous, le championnat se poursuit sans autre incident majeur, mais en coulisses, la discorde entre la FOCA et la FISA est toujours aussi vive. Constatant l'inflexibilité de la FISA, la FOCA brandit alors la menace d'un championnat parallèle et fin 1980, crée même sa propre fédération, la "World Federation of Motor Sport". Les passionnés de F1 retiennent leur souffle et espèrent que le bon sens prévaudra, mais durant l'hiver, aucun accord n'est trouvé, et au mois de février 1981, toutes les écuries FOCA sont réunie s à Kyalami sous l'égide de la WFMS pour y disputer le GP d'Afrique du Sud, avec des monoplaces munies de jupes et qui ne correspondent donc pas à la réglementation technique de la FISA.
Malgré l'absence des trois écuries légalistes (Ferrari, Renault, Alfa Romeo) et de Ligier, le plateau a fière allure puisqu'on y compte 19 voitures et que toutes les prestigieuses écuries britanniques sont là : Lotus, Brabham, Tyrrell, McLaren, Williams...Mais le GP est un échec : peu de médias internationaux ont répondu présents et la course se déroule dans un relatif anonymat. Rétrospectivement, que penser de ce GP d'Afrique du Sud ? Véritable coup d'envoi d'un championnat de F1 parallèle, ou simple démonstration de force de la FOCA destinée à impressionner et à faire plier la FISA ? Penchons plutôt pour la seconde hypothèse.

Consciente de ne pas être aussi forte qu'elle l'imaginait, la FOCA est contrainte de se rassoir à la table des négociations avec la FIA. De ces pourparlers, naitra une paix des braves officialisée par les "Accords Concordes" et dont le grand bénéficiaire sera Ecclestone, institutionnalisé "Grand Argentier" de la F1. En s'arrogeant la plus grosse part du gâteau des droits commerciaux, Bernie plante la graine des futurs conflits qui agiteront la F1.
Par Thibaut - Publié dans : Culture F1
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Jeudi 18 juin 2009

Le saviez-vous ?

Silverstone 1950
le début d'une belle histoire

Les années 1946-1947 marquent la création de la Formule Un. C’est en effet à cette date que la Commission Sportive Internationale de la Fédération Internationale de l’Automobile* a souhaité uniformiser les règles des courses automobiles européennes des années 1920 et 1930 et a séparé les cylindrées de course. Avec cette catégorisation des automobiles de compétition, la «Formule Internationale» de l’époque devient la «Formule des courses internationales n°1»; Formule qui deviendra rapidement la «Formule 1».

Deux ans plus tard, en 1949, la FIA acte la création d’un Championnat du Monde des pilotes dans cette catégorie. Ce championnat débute le 13 mai 1950 sur le circuit de Silverstone, celui-là même auquel nous devons faire nos adieux cette année !

La F1 en 1950

En présence du roi George VI et de la reine Elisabeth, le Grand-Prix d’Europe et de Grande-Bretagne, voit s’aligner 22 pilotes pour 5 constructeurs, avec un mélange de voitures officielles et privées : Alfa Roméo, Maserati, Talbot Lago, ERA et Alta.
Ferrari, pourtant présent dans les courses automobiles annexes, ne s’aligne pas pour cette manche inaugurale du championnat du monde, et ce, en raisons d’accords financiers (déjà !). La marque italienne fera son apparition pour le GP de Monaco.


Les autos sont chaussées soit de pneumatiques Pirelli, soit de pneumatiques Dunlop.

A cette époque, les règlements sportif et technique étaient relativement simples et brefs.
  • - La cylindrée des moteurs est limitée à 1500 cm³ avec compresseur ou 4500 cm³ pour les moteurs atmosphériques.
  • - Aucune limite de poids n'est imposée.
  • - Aucune consigne n’est établi quant au carburant.
  • - Chaque course fait 500km ou 3 heures.
Pour désigner le champion du monde, un système de points est instauré :
  • - 8 points pour le vainqueur, 6 points pour le 2ème, 4 points pour le 3ème, 3 points pour le 4ème et 2 points pour le 5ème.
  • - Le pilote ayant signé le meilleur tour (et à condition d’avoir un certain nombre de tours) obtient 1 point.
  • - Seuls les 4 meilleurs scores sont pris en comptent à la fin.
Sur la grille de départ, on ne compte que 6 lignes : les voitures s’installent par 4 sur les lignes impaires et par 3 sur les lignes paires.


La grille de départ du GP de Grande-Bretagne - GP d'Europe 1950


Autre particularité : les voitures peuvent être copilotées. Ainsi, pour cette 1ère course du championnat du monde des pilotes, la voiture #9 fut pilotée par Peter Walker (2 tours) puis Tony Rolt (3 tours) et la voiture #10 fut pilotée par Joe Fry (45 tours) puis Brian Shawe Taylor (19 tours).


La course

A l’issue des 70 tours de courses, totalement dominés par les Alfa Romeo, arrivant 1er, 2e et 3e (Fangio ayant abandonné au 61e tour), Giuseppe Farina signe le premier hat-trick de l’histoire, avec le meilleur tour et la victoire ! Fagioli et Parnell l’accompagnent sur le premier podium de l’histoire du championnat du monde de F1.

 

 


A noter qu’Alfa Romeo n'avait pas couru en 1949 après la mort de ces trois pilotes officiels (Varzi, Trossi et Wimille) l'année précédente, jugeant que la concurrence avec BMW et Ferrari serait trop dure. La création du championnat du monde des pilotes a convaincu la marque de revenir dans la compétition automobile.


Silverstone : morceau d'histoire

Depuis cette course du 13 mai 1950, le GP de Grande-Bretagne a eu lieu tous les ans, mais pas toujours à Silverstone. En effet, ce n’est que depuis 1982 que le GP a lieu chaque année sur ce circuit. Auparavant, il se déroulait en alternance à Aintree de 1955 à 1962 puis à Brands Hatch de 1964 à 1986.

Ce dimanche à 14h, les 20 pilotes actuels s’élanceront pour disputer le 60ème GP de Grande-Bretagne, mais surtout le 43ème et dernier GP de Grande-Bretagne sur les terres de Silverstone.
 




Goodbye à ce grand monument de l'histoire de la F1 !


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* La FIA remplace après la seconde Guerre Mondiale l’Organisme international de contrôle du sport.
Par Marie - Publié dans : Culture F1
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Lundi 18 mai 2009

La symphonie inachevée


Il y a bientôt 25 ans, le 3 juin 1984 à Monaco, Ayrton Senna se révélait au monde entier en signant dans des conditions dantesques sa première grande performance en Formule 1. Une star venait de naitre.


Sur le podium, Ayrton Senna répond du bout des lèvres aux félicitations des membres de la famille princière et se force à accepter l'accolade du vainqueur Alain Prost. Dans son regard, aucune joie, juste l'envie d'être ailleurs. Le Brésilien, encore inconnu du grand public une heure plus tôt, vient pourtant de terminer deuxième du GP de Monaco et de signer la plus belle performance de sa jeune carrière en Formule 1. N'importe quel pilote à sa place serait comblé de bonheur mais lui ravale à peine sa colère. Cette coupe que soulève Prost, c'était la sienne.

Début 1984, Ayrton Senna, appelé encore parfois Ayrton Da Silva, puisqu'il a un temps couru sous le nom de son père, n'est connu que des spécialistes. L'année précédente, il a survolé le relevé championnat britannique de F3, et a réalisé des tests très prometteurs chez quelques unes des écuries les plus prestigieuses du plateau (Williams, McLaren, Brabham), mais au final, seule la modeste équipe Toleman a été en mesure de lui offrir un volant de titulaire.

Le début de saison de Senna et de Toleman a été délicat. Faute de temps et d'argent, l'écurie britannique n'a pas été en mesure de sortir une nouvelle voiture et s'est contentée d'aligner une version évoluée de sa monoplace de l'année précédente, la TG183B. Chaussée de pneus Pirelli au comportement déroutant, elle n'a pas permis à Senna d'espérer mieux que des qualifications dans la deuxième moitié de grille. Dès son deuxième GP, en Afrique du Sud, il a inscrit le point de la sixième place, mais à trois tours du vainqueur Niki Lauda. Senna a touché le fond lors du Grand Prix de Saint-Marin où, otage d'un conflit entre son équipe et Pirelli, il n'est pas parvenu à se qualifier. Au GP de France, deux semaines avant Monaco, Toleman a enfin sorti sa nouvelle voiture, la TG184 (œuvre de l'ingénieur sud-africain Rory Byrne) équipée de pneus Michelin, mais sans effet sur le niveau de performance général de l'écurie.

C'est donc dans le plus grand anonymat que Senna arrive à Monaco, où public comme journalistes n'ont d'yeux que pour le duel qui opposent les pilotes McLaren Alain Prost et Niki Lauda. Sur un circuit qu'il ne connait pas, le Brésilien arrache en qualifications un honorable treizième temps, 8/10 devant son coéquipier Johnny Cecotto, mais à près de 2"5 du poleman Alain Prost. A priori, rien à espérer pour la course. A moins que la météo s'en mêle...


Le dimanche, il pleut des trombes d'eau sur Monaco, forçant les organisateurs à repousser le départ de près de 45 minutes. Dès les premiers mètres, le peloton perd deux unités, les deux pilotes Renault (Derek Warwick et Patrick Tambay) s'accrochant à Ste-Dévote et créant un mini-embouteillage dans lequel Elio de Angelis et Riccardo Patrese restent coincés. Senna en profite pour se hisser au 10e rang, puis rapidement au 9e suite à son dépassement sur Andrea de Cesaris, en difficulté peu après Mirabeau.

Au 3e tour, c'est Jacques Laffite qui subit la loi de Senna, puis vient le tour de Manfred Winkelhock au 7e. Bloqué pendant près de 4 boucles par le jeune Allemand, Senna accuse alors déjà un retard de plus de 25 secondes sur le leader Alain Prost. Au 9e tour, Michele Alboreto, alors 5e, part à la faute, permettant à Senna de grimper au 6e rang, dans les points. Le Pauliste est alors sur les talons de Keke Rosberg, victorieux l'année précédente, déjà sous la pluie. Senna harcelle Rosberg pendant plusieurs tours, mais sans trouver la faille. Pire, il n'est pas loin de commettre l'irréparable à la chicane du port où suite à un freinage un peu trop long, il tape violemment le trottoir. Biellette de direction tordue, la Toleman peut néanmoins poursuivre sa course et au 12e tour, Senna déborde enfin Rosberg, avant de faire subir le même sort à René Arnoux deux tours plus tard. Senna est alors quatrième, puis bientôt troisième lorsque Nigel Mansell, qui venait de ravir le commandement de l'épreuve à Prost, part à la faute en haut de la montée du Casino.
Plus de trente secondes devant, Prost est un leader inaccessible, mais Niki Lauda, qui n'est que quelques secondes devant la Toleman, est une proie à la portée de Senna. Au 19e tour, il déborde sans coup férir le double champion du monde autrichien en lui faisant l'extérieur dans la courte ligne droite des stands. Deuxième, et pour la première fois de la course avec une piste libre devant lui, Senna s'en donne à cœur joie. A la fois agressif et plein de maitrise, le débutant brésilien signe le record du tour au 23e passage, avant d'abaisser une nouvelle fois son chrono au tour suivant. Son 1'54"3 ne sera jamais battu, la pluie s'intensifiant.
Prost a toujours une trentaine de secondes d'avance sur son dauphin brésilien, mais le Français est en difficulté et souffre de problèmes de frein. Il commence à lâcher les secondes par poignée, si bien qu'au 27e tour, Senna ne possède plus que 20 secondes de retard. Au rythme de près de trois ou quatre secondes au tour, la Toleman-Hart fond sur la McLaren-TAG. Au 30e tour, Prost, qui n'a plus que 11 secondes d'avance, agite fébrilement le bras en passant devant les stands. Un signe pour indiquer à son équipe le problème dont il souffre ou bien une supplique destinée au directeur de course Jacky Ickx ? Au 31e passage, Senna est revenu à 7 secondes de Prost. L'impensable va t-il se produire ?

Au 32e tour, constatant la détérioration des conditions, Jacky Ickx prend la décision d'arrêter la course. Le drapeau rouge (ainsi que curieusement le drapeau à damier) sont présentés sur la ligne. Prost, au ralenti, stoppe sa monture juste devant les drapeaux, et c'est donc Senna qui coupe la ligne en première position. Persuadé d'avoir gagné, le Brésilien effectue un véritable tour d'honneur en levant les bras en signe de victoire, mais sa joie est de courte durée, le classement du Grand Prix étant calculé sur les positions au 31e passage, lorsque Prost était en tête.
Chez Toleman, la joie cède rapidement la place à la consternation, et malgré cette application stricto sensu du règlement, certains n'hésitent pas à parler de vol. Des proches de Senna iront jusqu'à mettre en cause la probité de Ickx en faisant le rapprochement entre son statut de pilote officiel Porsche en endurance et la motorisation de la McLaren d'Alain Prost (un moteur badgé TAG mais conçu par Porsche). 25 ans plus tard, la décision d'Ickx reste controversée : les conditions météo imposaient-elles réellement l'arrêt de la course ?

Sur le podium, Senna est incapable de savourer son résultat et rumine sa colère, persuadé d'avoir été injustement privé d'une victoire qui lui revenait de droit. Mais est-ce si important ? En l'espace de moins d'une heure, Senna s'est révélé au monde entier et a pris rendez-vous pour l'avenir. Ses six victoires à venir sur le Rocher l'attestent, le Prince de Monaco, ce sera lui.
Par Thibaut - Publié dans : Culture F1
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