Histoires vécues


Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 19:03

 

Sur la trace des champions,
une journée sur la Nordschleife

 

 

Passons ensemble une belle journée sur un circuit mythique... Non, ce n'est pas Spa-Francorchamps qui accueille la F1 ce week-end, mais le Ring ! Suivez notre guide !

 

« Si un pilote vous dit qu'il n'a pas peur sur le Ring, il existe deux possibilités : soit il ment, soit il ne va pas assez vite pour comprendre ce qu'est le Ring.» Jackie Stewart plante le décor : bienvenue sur le tracé mythique du "Grüne Hölle*"…

Enfin, le jour que j’attends depuis longtemps est arrivé ! C’est aujourd’hui que je vais rouler sur l’ancien tracé du Nürburgring avec ma propre voiture. Mais avant de vivre une telle expérience, ce sont 350 kms et 3h30 de trajet qui m’attendent pour arriver sur le circuit. Les derniers kilomètres se passent sur une petite route nationale qui longe des montagnes verdoyantes et des vallées paisibles en contrebas. Le fait que tout le petit monde de la F1 se déplace dans ce lieu qui semble retiré de tout me laisse sans voix.

1--nurburgring-entr--e.JPGUne fois arrivé sur le circuit actuel du Nürburgring, j'utilise ce qui me reste d'allemand pour acheter mes tickets : hésitant au début, j’opte finalement pour 8 tours, soit pas moins de 160 kms de tracé à avaler. La seule déception de la journée sera de ne pas avoir pu louer une voiture de sport, n’ayant pas les 25 ans requis à ce moment-là… Mais la déception s’estompe très vite quand, à l’approche de la Nordschleife, je commence à entendre les bruits de moteur des bolides en action sur la piste !

Je m’insère dans la file d’attente et je sens un mélange d’excitation et de nervosité monter en moi. L’une après l’autre, les différentes voitures devant moi partent jusqu’à mon tour. J’insère mon ticket, la barrière se lève, cette fois, c’est bel et bien parti !
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Je commence à enchaîner timidement les premiers virages et je me rends vite compte qu’avec ma modeste Seat Toledo je suis bien loin des performances de Gran Turismo 4 ! Pas le temps de penser plus, très vite des Ferrari, Maserati, Lotus et autres Mercedes me doublent à pleine vitesse et je me trouve plongé dans la légende de ce circuit… Serait-ce Niki Lauda à bord de sa Ferrari 312T2 ? Jim Clark sur sa Lotus 33 ? Ou encore Juan Manuel Fangio sur sa Maserati 250F ? Les grands pilotes de la F1 ont rendu célèbre le nom de ce tracé, mais ce circuit n’a pas attendu la Formule 1 pour se faire un nom.

Un circuit empreint d’histoire

Tout commence en 1925 quand l’Allemagne décide la création d’un circuit destiné à accueillir des compétitions sportives et à être employé comme centre d'essais pour les nouvelles voitures des constructeurs allemands. Contrairement à ses voisins français, italiens et anglais plus enclins à des circuits réduits comme Monza, le projet s’oriente vers un long tracé de 28,265 kilomètres au cœur du massif de l'Eifel, à proximité du château de Nürburg.

2--1927-eifelrennen.jpgLe site, inauguré en 1927, se divise en deux parties distinctes : la Nordschleife de 22,8 km et la Südschleife de 7,7 km.  

3--nordschleife.jpg



   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais dès 1929, les épreuves majeures se disputent sur la grande portion du circuit, qui ne tarde pas à être considéré comme le plus exigeant et le plus dangereux du monde.

Durant les années 1930, il est le théâtre de duels opposant les industries automobiles allemandes (Mercedes, Auto Union…) et italiennes (Bugatti, Alfa Romeo…), mais aussi des luttes au sommet entre les meilleurs pilotes de l’époque, les allemands Rudolf Caracciola (5 fois vainqueur de l’épreuve) et Bernd Rosemeyer, ainsi que l’italien Tazio Nuvolari et le monégasque Louis Chiron.


Après la seconde guerre mondiale, la Nordschleife est le site retenu pour le Grand Prix d’Allemagne dans le cadre du nouveau championnat du monde de Formule 1. Les courses qui s’y déroulent marqueront à jamais l’histoire des sports mécaniques, mêlant exploits sportifs et accidents dramatiques. Certains lieux resteront à jamais associés dans la mémoire collective à la perte de grands noms du sport automobile : le virage du Flugplatz qui voit la fin des pilotes John Taylor et Gerhard Mitter (ce dernier étant engagé en F2 pour cette course), la chicane rapide en descente et en aveugle de l’Adenauer Forst où périt l’argentin Onofre Marimón, le virage du Pflanzgarten qui emporte le prometteur Peter Collins, sans oublier le plus célèbre des virages du circuit, le Bergwerk. Cet endroit du circuit est certes connu pour le terrible accident de Niki Lauda en 1976, mais c’est également là que le néerlandais Carel Godin de Beaufort perdit la vie quelques années plus tôt…

La fin d’une époque…

La dangerosité du circuit est un fait bien réel, et préoccupe au plus haut point les pilotes qui considèrent de moins en moins comme une fin en soi le fait de se tuer au volant en course. Sous l'impulsion de Jackie Stewart, fervent artisan pour la sécurité des pilotes en F1, la course est boycottée en 1970. Malgré les nouveaux aménagements sur le circuit, Niki Lauda pousse à un nouveau boycott en 1976, mais les autres pilotes votent contre l’idée de l’autrichien… Ironie du sort, c’est Lauda qui sort de la piste et qui échappe de peu à la mort !

4--lauda-1976.jpg
Contrairement à ce que tout le monde pense, ce n’est pas l’accident de Lauda qui entraîne la fin du circuit. Il était prévu que l'édition de 76 soit la dernière à se tenir sur le tracé. La Fédération avait décidé, et ce bien avant cette course, de retirer son homologation au circuit pour des impératifs de sécurité, et dans une moindre mesure, pour des raisons médiatiques. Difficile en effet de retransmettre dans les meilleures conditions une course disputée sur un tracé de plus de 20 km…

5--vainqueur2.JPGUn tracé taille champion

Ce circuit a pourtant permis aux plus grands noms de la Formule 1 de briller. Sur 22 grands prix disputés, 16 sont remportés par des pilotes champions du monde !

 

Parmi les autres vainqueurs se trouvent tout de même Stirling Moss, quadruple vice-champion du monde et Jacky Ickx, double vainqueur de cette épreuve. Mais le plus grand mérite revient sans conteste au champion argentin Fangio, qui remporte cette course trois fois consécutivement... et sur 3 voitures différentes !

Sa victoire de 1957 reste d’ailleurs comme l'un des plus beaux exploits de l'histoire de la Formule 1.



6- fangio 1957


Lors de cette course, suite à un cafouillage lors de son arrêt au stand à mi-course, Juan Manuel Fangio se retrouve avec 48 secondes de retard sur les Ferrari de Mike Hawthorn et Peter Collins. Fangio va alors entreprendre une remontée d'anthologie. En améliorant à chaque passage son propre record du tour, il parvient à revenir sur les échappés et à les dépasser dans la 21ème et avant-dernière boucle de la course ! C’est sa 24ème et dernière victoire, celle qui lui donne la consécration mondiale pour la cinquième fois et un statut de légende. La Nordschleife, un circuit de grands pilotes ? Certes… Un circuit de champions ? Assurément !


Et maintenant…

7--nurburgring-nordschleife-circuit.jpgUn tel circuit aurait-il pu être abandonné ? Heureusement pour les fans que nous sommes, cela n’a pas été le cas et il est resté ouvert à Monsieur Tout-le-Monde. Car si on recherche des sensations au volant d’une voiture, c’est bien là qu’il faut aller : le tracé tient autant d'une spéciale de rallye que d'un circuit classique, avec ses portions rapides et sinueuses, ses virages en aveugle et ses reliefs vertigineux.

Autant le dire, il vaut mieux avoir une voiture bien équipée pour ce genre de conduite : au début, j’étais balancé de droite à gauche dans mon siège dans certaines courbes rapides ! Mais au fur et à mesure des tours, j’apprenais à mieux contrôler mes trajectoires, je repérais les zones de freinage et d’accélération, et je changeais les vitesses au moment adéquat pour disposer de la meilleure motricité en sortie de virage, le tout pour un plaisir de conduite de plus en plus accru.
Le moindre changement de dénivelé de la piste se faisait immédiatement sentir au volant. Dans les montées rapides, je sentais la compression me tasser sur mon siège et dans une brusque descente des effets d'apesanteur. Le virage du Caracciola Karussell restera mon endroit préféré du circuit : prendre cette épingle inclinée à pleine vitesse en sentant la force centrifuge est tout simplement exaltant. Et dire qu’avec une voiture de sport, ces sensations auraient encore été accrues ! Celles que j’ai ressenties étaient déjà plus qu’exceptionnelles pour une première fois sur ce circuit.

Ouvert au public, le circuit est également utilisé pour des courses telles que le championnat VLN Langstreckenmeisterschaft et les 24h du Nürburgring. Cette dernière est une course extrêmement populaire où se mélangent des voitures de tous types (depuis les puissantes GT jusqu'aux voitures de tourisme) et des pilotes de tous niveaux (du champion confirmé à l'amateur du dimanche).

 

8--24h-Nurburgring.jpg

Les 24h du Nurburgring

 

Le circuit reste toujours aussi dangereux, comme j’ai pu le remarquer pendant ma journée : une Ferrari bleue métallisée s’est crashée vers la fin du tracé, emboutissant tout l'avant et l'arrière… Plus tragiquement encore, le 27 Septembre 2008, le suisse Hans-Ruedi Portmann perdait le contrôle de sa Ford Mustang dans la descente du Wehrseifen pendant l'ADAC Classic Trophy et se crashait dans les barrières de sécurité. Il mourra quelques instants plus tard, faisant de lui la 67ème victime du Nürburgring…

La Nordschleife sera donc toujours considérée comme un lieu de mythe, de passion et d’émerveillement pour toutes les personnes qui l’évoquent. J’ai passé une journée extraordinaire sur ce circuit, et il me tarde déjà d’y retourner… et vous, quand y viendrez-vous ?


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* L’enfer vert

Par Didier - Publié dans : Histoires vécues
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 12:00

Pilote d'un jour


Dimanche 21 juin, 5h du matin. Le réveil sonne enfin, marquant le début d’une journée que j’attends depuis plusieurs semaines maintenant. C’est aujourd’hui que je vais pouvoir profiter d’un complet stage de pilotage au volant d’une monoplace, sur le circuit de la Ferté-Gaucher, en Seine et Marne.

Après 2h de trajet, et quelques égarements dans les villages environnants, le circuit est enfin en vue. Pour nous accueillir à l’entrée du site, à tout juste 8h, un groupuscule de riverains armé de deux banderoles nous tend une pétition visant à installer un mur anti-bruit autour du centre de loisirs mécaniques. Le rugissement de V6 n’est pas du goût de tout le monde…
Après avoir discuté quelques minutes avec ces gens, du reste fort sympathiques, mon amie et moi arrivons enfin au paddock. Celui-ci est scindé en deux : une moitié Sud, rapide, dédiée aux voitures de sport, et une moitié Nord, plus technique, pour les monoplaces.
circuit
Le temps de grignoter une tranche de marbré et de siroter le café de bienvenue en observant les animateurs démarrer les Porsche GT, Ferrari F430 et autres Lamborghini Murcielago, le stage peut enfin débuter, dans la fraîcheur revigorante d’une matinée sèche et ensoleillée.
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Briefing
nico-pilote
Première bonne surprise : l’équipement complet est entièrement prêté par nos hôtes, de la combinaison ignifugé aux gants, en passant par les bottines. L’immersion se poursuit par un briefing clair et détaillé de ce qui nous attend. Nous sommes une quinzaine de participants, certains n’étant présents que pour un seul run, d’autres pour deux. Je suis le seul à avoir la chance de rester une journée entière. Mais nous prêtons tous une attention toute particulière aux précieux conseils qui nous sont prodigués.

Le premier d’entre eux résume en grande partie tous ceux qui vont suivre : « oubliez tout ce qu’on vous a appris à l’auto-école ». Le ton est donné ! Effectivement, ici il s’agit de piloter une Formule Renault Martini MK65, délivrant 160 cv pour seulement 450 kg, car tout le superflu a été retiré : direction assistée, correcteur de trajectoire, système anti-blocage de roues, etc., et… master vac ! Sans ce système permettant de décupler, sur une berline quelconque, la moindre pression portée sur une pédale de frein, il va falloir apprendre à enchaîner les freinages d’urgence à l’entrée de chaque virage, pour, d’une part, ralentir notre bolide, et, d’autre part, améliorer nos temps au tour.

voiture
pilotageA contrario, notre « prof » insiste sur la nécessité de doser l’accélération, principalement en sortie de virage. Comme sur n’importe quelle propulsion, accélérer trop fort avec les roues encore braquées, c’est le tête-à-queue assuré ! Nous étudions donc ensemble la trajectoire idéale sur la totalité du tracé, analysant les points d’entrée de virage, de corde, et de sortie de virage, le maniement des pédales étant ensuite une affaire de ressenti de chacun, pourvu que les recommandations de base soient respectées.

Finalement, nous complétons ce briefing minutieux par deux tours de la moitié Nord du circuit à bord d’un monospace, afin de visualiser tout ce qui a été dit auparavant. Ainsi parés, nous sommes prêts à attaquer.


Reconnaissance


baquet A mon programme, quatre runs sont prévus, le dernier devant me laisser 11 tours complets en piste pour m’amuser au maximum. D’ici là, quelques repérages sont nécessaires. Le premier run permet ainsi de s’habituer à la voiture. Cockpit étroit, boîte de vitesse manuelle à 5 rapports placés sur un débattement d’au plus 4cm, pédales fines et extrêmement proches les unes des autres, direction directe, pas d’assistance freinage, moteur arrière et système de propulsion… On est bien loin de ma brave Peugeot 206 !

Sur les 1,5 km développés par la partie Nord de la Ferté-Gaucher, nous sommes 4 participants en piste. Aucune voiture pilotée par un animateur n’imprime de rythme particulier en tête du cortège. En cas de nécessité, une zone est aménagée pour que les personnes plus lentes puissent se ranger afin de laisser passer les voitures bloquées derrière elles. En plus d’un animateur sur la pit-lane, deux autres superviseurs sont situés au virage 6 et à la chicane précédant le virage 9. Leur but, au-delà des drapeaux jaunes ou bleus à agiter au besoin, est d’observer leurs élèves et les aider à progresser en leur signalant leurs points forts et leurs points faibles.

fertegaucher
Pour le moment, je fais 4 tours tranquillement, sans me risquer sur les vibreurs, mais en testant tout de même l’accélération procurée par la monoplace. Le rapport poids / puissance permet quelques bonnes sensations ! 

Freinage

La seconde session vise ensuite à travailler les freinages tardifs.

Le plus franc concerne certainement l’entrée dans l’épingle 6. En s’assurant une trajectoire tendue dans la chicane la précédant, la vitesse d’approche est tout à fait respectable. Reste ensuite à freiner très fort et le plus tard possible. Au fil des tours, je teste des points de plus en plus tardifs, le jeu étant de ne pas dépasser la limite autorisée !
Or, après 4 tours, alors que j’enfonce la pédale de frein, la voiture ne ralentit bizarrement pas aussi bien que d’habitude, et les roues avant se bloquent, libérant un panache de fumée ! Après un bref passage dans le gazon bordant l’extérieur du virage, je reviens en piste. Plus de peur que de mal ! Comme demandé, je m’arrête au stand dès la fin du tour, pour débriefer avec le « prof ». L’explication fuse comme une évidence : mon pied n’était pas bien placé, et une légère pression devait avoir été maintenue sur la pédale d’accélération.
Résultat : les pneus avant étaient bloqués, et les pneus arrière continuaient de pousser la voiture en avant !

brief
Cet enseignement utile en tête, je repars en piste pour boucler mes derniers tours. Pas d’accrocs. Je m’aperçois toutefois que l’approche de l’épingle 8 par une longue courbe à droite est également loin d’être évidente. Les appuis sont dissymétriques, les roues tournées, et il faut s’appliquer à remettre rapidement la voiture droite avant d’entamer le freinage. L’art du pilotage est très long à acquérir, et cette première approche en donne déjà un petit aperçu.

Trajectoire

Sur les conseils des animateurs, j’entame la troisième session avec l’objectif d’améliorer mes trajectoires. Si j’ai déjà commencé à travailler les freinages « type course », encore faut-il savoir braquer au bon moment, viser le point de corde, et remettre un filet de gaz lorsque les bras commencent à se décroiser, avec le point de sortie de virage en ligne de mire.

Au fil des tours, mon ressenti de la voiture s’améliore quelque peu. L’arrière tend à vouloir se dérober si la vitesse de passage en virage est trop élevée, et je dois contrebraquer à 2 ou 3 reprises pour éviter de partir à la faute.

Des plots ont été installés sur le circuit, pour aider à la visualisation des points de repère théoriques. Cela facilite grandement l’apprentissage, bien que la trajectoire idéale me paraisse assez intuitive. A force de regarder les champions automobiles chasser les dixièmes de secondes sur les plus grands circuits du monde, et après de nombreuses heures d’entraînement sur la PS2, cela n’est clairement pas le plus difficile. Le plus difficile, c’est de jauger la vitesse de passage. Je l’apprends à mes dépends, un peu trop optimiste dans l’épingle 6 (encore !), où je pars en tête-à-queue. Mais bon, c’est aussi en faisant des erreurs qu’on s’améliore !

Run libre

Enfin, après ces quelques enseignements engrangés pendant la journée, et alors que je suis le dernier participant encore présent sur la pit-lane, je pars pour 11 derniers tours où les animateurs m’invitent à mettre en pratique les leçons de la journée et chercher à grappiller des secondes.

tour
Les tours défilent, et le plaisir est intense. Je commence à empiéter sur les vibreurs en chicane ou en sortie de virage, secouant mon bolide et frôlant les plots. Les tours ne sont pas parfaits, bien évidemment, mais je gagne en vitesse pure. La force centrifuge dans la longue courbe est de plus en plus forte, mais la voiture tient le cap sur la piste. Sur le bas-côté, les animateurs m’observent, m’invitant à plusieurs reprises, par leurs gestes, à retarder toujours un peu plus les freinages. Sans être parfaitement à l’aise, j’arrive à maîtriser le véhicule, cherchant toujours à repousser un peu plus loin les limites d’adhérence. Un peu comme dans un kart... Les règles inculquées au cours de la journée sont inscrites dans ma mémoire, et je n’ai quasiment plus à y penser. Freiner plus tard, en maintenant une vitesse de passage assez importante, réaccélérer plus tôt, tendre au maximum la trajectoire…

Et puis soudain, c’est le drapeau à damiers. Direction les stands, pour un dernier débriefing. Globalement, les animateurs sont contents de moi. Sur la journée complète, j’ai gagné en assurance et j’ai correctement assimilé leurs remarques. Cette journée aura tenu toutes ses promesses. J’ai eu l’occasion de toucher du doigt les rudiments du pilotage sur piste, de m’installer dans un baquet à quelques centimètres de l’asphalte, et d’avoir des sensations auxquelles n’importe quel fan de sports mécaniques serait sensible. Un seul conseil si vous hésitez encore : si le prix peut certainement paraître prohibitif (près de 600 € tout de même !), c’est une expérience unique à tenter au moins une fois ! Un superbe cadeau d’anniversaire peut-être, voire une idée à garder pour le Père Noël ?
Par Nico - Publié dans : Histoires vécues
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /2009 00:00

Fémin-F1 chez Renault F1
Tout savoir en quelques mots clefs (2)


Ce troisième article conclut le récit de ma visite à l'usine Renault F1.

Derniers mots-clefs pour mieux comprendre comment cela fonctionne ... en attendant la visite d'Enstone l'an prochain ?

Réactivité et vitesse


Ce sont peut-être les deux maîtres-mots en F1. Il faut être réactif et il faut aller vite dès lors qu'on travaille en F1. Réactifs et rapides faces aux évolutions réglementaires, face aux imprévus de fabrication, face aux évolutions de la concurrence, etc. Car tout évolue tout le temps en F1.

 

 

Nous le savons tous, chaque année le règlement change, quand il ne change pas en cours de saison... La mass-damper par exemple ont donné bien du travail aux ingénieurs de Renault il y a quelques années... Ce sont des changements soudains voire inattendus. Il faut donc savoir s'adapter hyper-rapidement. Et même lorsque les changements sont prévus, comme c'est le cas chaque saison, les règlements définitifs parviennent tard aux écuries par rapport au développement d'une monoplace. Il faut donc anticiper le plus possible et réagir immédiatement pour ne pas accuser de retard lors du premier GP de la saison.

 

 

L'intersaison est la période d'activité intensive à l'usine. Ce qui ne signifie pas que les équipes se tournent les pouces le reste du temps... au contraire ! Présenter à chaque course de nouvelles pièces pour améliorer la performance en piste est un long travail qui nécessite là encore vitesse et réactivité. Le moindre « couac » dans la chaîne peut aboutir à ce que la pièce ne soit pas présente pour la prochaine course. Un lot de pièce défectueux ou un retard de fournisseur peuvent empêcher l'assemblage du moteur, entraîner un retard dans les tests sur banc d'essais, etc... et si la pièce n'est pas approuvée par des tests, elle ne sera pas sur les circuits. Les contraintes de temps et de gestion sont extrêmes.

Pièces

Un moteur V10 c'était 5000 pièces. Un V8 c'est 4000 pièces. Joli puzzle !

 

 

Je l'ai déjà évoqué, chaque pièce est conçue à Viry et fabriquée par un fournisseur. La précision dans la fabrication dépasse le micron. La moindre approximation par rapport au dessin sorti du bureau d'études peut entraver le bon fonctionnement du moteur, en créant un frottement inapproprié par exemple.

 

 

Toutes les pièces sont évidemment numérotées : ça facilite la traçabilité et permet d'identifier rapidement un lot défectueux le cas échéant. Ça permet aussi de manière plus anecdotique de retrouver des pièces anciennes dans les entrepôts pour les proposer aux fans lors des différentes ventes privées organisées cette saison.

 

 

Les pièces du moteur doivent être solides et légères, d'où l'utilisation de composites (dont on ne nous révèle bien évidemment pas les composants) pour fabriquer toutes ces pièces. Les pièces centrales du moteur devant être extrêmement solides, puisque soumises à de fortes températures et à un régime très élevé, sont plus lourdes. Ainsi l'arbre à cames n'est pas des plus léger. En revanche, d'autres pièces telles les bielles sont d'une incroyable légèreté. Elles semblent à peine plus lourde qu'un volant de badminton.
Certaines pièces sont légères mais surtout miniatures. Ainsi, l'alternateur est bien plus petit que celui qui se trouve dans votre voiture... et les bougies sont à peine plus longues qu'une phalange d'auriculaire !

 

 

Etonnant visuellement, la plupart des pièces du moteur sont noires. Elles sont en effet recouvertes d'une très fine couche de carbone afin de limiter l'usure de la pièce avec le frottement. Car avec les nouvelles règlementations, augmenter la durée de vie de chaque pièce est un objectif primordial ! Tout aussi important que la performance pure !!


Electronique – électricité

Aujourd'hui, les boitiers électroniques sont les mêmes pour tout le monde (boitier McLaren). Auparavant, Renault, comme la plupart des écuries utilisait un boitier Magneti Marelli. Plus petit qu'une feuille A4 et épais de quelques centimètres, ces boitiers ont notamment participé aux départs fulgurants des monoplaces Renault en 2004-2005. Chaque écurie pouvaient alors développer ses propres logiciels sur tel ou tel point, permettant ce genre de performances. Depuis l'uniformisation, tout le monde dispose du même matériel et des mêmes logiciels. L'électronique n'en reste pas moins un élément essentiel. J'en veux pour preuve les câbles carbonés qui relient un grand nombre de pièces du moteur au boitier permettant de transmettre en temps réel toutes les données télémétriques au stand.

 

Le boitier électronique peut être comparé à la boîte noire d'un avion. C'est lui qui renferme toutes les données de la voiture. En cas d'accident ou de problème moteur, une petite batterie (à peine plus grosse que celle de mon PC) permet de garder quelques secondes d'électricité afin de transmettre les dernières données au stand pour qu'elles puisent être analysée. Quand on sait que les équipes sont à la recherche du moindre gramme à gagner et que cette batterie pèse dans les 500 grammes, le simple fait que les équipes ne fassent pas l'économie de cette batterie démontre bien l'importance de ces mesures télémétriques.


KERS

Grande nouveauté de l'année 2009, le KERS apparait déjà aujourd'hui avoir surtout été un gros gaspillage d'argent et de temps. Nos interlocuteurs lui reconnaissent une chose : il a permis à la F1 de retrouver un peu de son rôle de laboratoire technologique pour l'automobile. En effet, les recherches des écuries ont permis d'accélérer de manière exponentielle la recherche dans ce domaine, car si le KERS parait peu adapté à la F1, sa "miniaturisation" et sa puissance constituent un énorme pas en avant par rapport à ce que les constructeurs avaient réalisés jusque là.

 

 

Utilisé par un nombre décroissant d'écuries et à nouveau non-obligatoire pour 2010, tout porte à croire que le KERS n'a plus d'avenir en F1, d'autant que ce qui devait être un "push to pass" s'avère être utilisé en réalité comme un "push to not be passed" !

 

 

Renault a tout même utilisé ce système en début de saison. Le choix retenu, comme pour la plupart des écuries, était une solution électrique : un moteur électrique relié au vilebrequin du V8 à qui il fournit la puissance supplémentaire, des batteries ion-lithium capables de stocker et libérer très rapidement l'énergie et un boitier de contrôle, lié au boitier électronique, qui permet de gérer la charge comme la décharge.


Lorsque le KERS est utilisé sur une monoplace, le volant présente des boutons supplémentaires permettant de charger et décharger le KERS.

Bancs d’essais


L’usine de Viry dispose de 10 bancs d’essais, allant du banc monocylindre au banc de simulation, en passant par des bancs de performance. Deux personnes minimum travaillent sur ces bancs : l’une surveille les écrans, l’autre observe le moteur. Sur le banc n°9, le banc de simulation, ils sont plus nombreux. Il s’agit du banc de simulation où en plus du moteur, la boîte de vitesse est également testée. Des ingénieurs d’Enstone sont donc présents.

 

 

Ce banc n°9 est impressionnant et très grand. De nombreux écrans de contrôles sont alignés, et des caméras sont présentes dans la salle du moteur.


Le travail effectué sur ce banc consiste ni plus ni moins à reproduire une course. Les données télémétriques sont utilisées pour reproduire toutes les phases d’accélération et de freinage. Les « testeurs » disposent d’un « volant » pour contrôler le moteur et la boîte. Si un temps, il s’agissait d’un vrai volant, aujourd’hui, c’est une boîte rectangulaire, avec les mêmes boutons que le volant, mais sans le design ! C’est moins cher…

 

 

Sur ce banc d’essais, afin de reproduire au mieux les conditions de course, il est possible de gérer la température et l’humidité. En effet, entre Sepang et Silverstone, le moteur ne réagit pas de la même manière. La carrosserie plus ou moins aérée permet de réguler la température du moteur, mais cela ne peut corriger totalement les différences de température et d’humidité d’un circuit à l’autre. Il faut donc connaître les réactions du moteur en fonction des différents climats. Quelques degrés de plus ou de moins peuvent « ruiner » une course. Il suffit de lire les déclarations de Felipe Massa à l’issue du GP de Silverstone pour s’en convaincre.

 

 

La température interne du moteur est donc un élément essentiel qui doit être étudié lors des simulations. En effet, cela joue sur la dilatation des pièces du moteur, donc pour une utilisation optimum, le moteur doit se trouver dans une certaine fourchette de température. Un bureau d’études thermiques se penche sur cette question.

 

 

Sur les bancs d’essais comme en course, les moteurs ne sont bien sûr jamais lancés à froid. Ils sont d’abord montés en température avant de pouvoir atteindre leur régime maximum. Une petite différence existe entre l’usine et la piste : sur les bancs d’essais, le ralenti moteur est à 8000 tours, sur les circuits, il est à 4000 tours.

 

Les cabines des bancs d’essais sont très insonorisées… heureusement pour ceux qui y travaillent toute l’année ! Malgré l’insonorisation, le bruit reste très présent, et les murs vibrent. Pour toux ceux qui œuvrent au plus près du moteur, à commencer par les pilotes, cela doit être éprouvant, même avec des bouchons d’oreilles ergonomiques qui filtrent les fréquences.

A l'issue de cette visite, comment ne pas avoir l’envie après cela d’aller (re)vivre le bruit et les frissons de la course en se rendant sur un GP ?

N’oubliez pas, vous avez encore quelques heures pour participer au quiz Renault F1 Authentics et peut-être gagner un billet ‘pass paddock’ pour le GP d’Europe et pour vous ouvrir un petit bout de rêve en participant à la vente privée de Silverstone.



Encore une fois, merci à Renault F1 et à toutes les personnes qui nous ont offert cette visite vraiment très riche.

 

 

Par Marie - Publié dans : Histoires vécues
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