Culture F1 & histoire

Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 12:16

 

 

La mort aux trousses

 

"Je remporte le titre, puis je prends ma retraite”. Voilà ce que promettait Jochen Rindt à son épouse Nina au début de l’été 1970. Jochen ne pourra jamais honorer sa promesse. Le 4 octobre 1970, lorsqu’il est officiellement sacré champion du monde, cela fait déjà un mois que Nina pleure sa mort. Jochen Rindt, c’est l’histoire d’un casse-cou qui a défié avec succès la mort pendant des années, mais finalement rattrapé par La Grande Faucheuse alors que, enfin adulte, il s'était assagi.

Jochen Rindt La mort, Rindt l’a cotoyée dès les premiers mois de son existence. Né en Allemagne en 1942, il survit miraculeusement à un bombardement allié en 1943 dans lequel ses parents sont tués. Recueilli par ses grand-parents maternels, il grandit en Autriche, près de Graz.


L’aisance financière dans laquelle il évolue lui permet de s’acheter sa première voiture dès le permis de conduire en poche, et de se livrer durant la nuit à de dangereuses courses sauvages avec sa bande d’amis, parmi lesquels figure un certain Helmut Marko, futur pilote de F1 et actuel grand manitou du programme Red Bull. Plus d’une fois, les escapades nocturnes de Rindt manquent de s’achever en drame, mais sa vista et ses réflexes lui permettent d’échapper au pire. Sa chance aussi.

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En 1962, conscient que son talent mérite de s’exercer dans un cadre plus officiel, il prend une licence et s’inscrit dans diverses épreuves réservées aux voitures de tourisme. Puis, en 1963, il s’achète une Cooper de Formula Junior et effectue ses débuts en monoplace. Formula Junior, puis Formule 2, rapidement, Jochen se bâtit une flatteuse réputation sur tous les circuits d’Europe, où son coup de volant précis et agressif, son audace, ainsi que son style de dandy taciturne ne passent pas inaperçus.

En 1964, il accède à la Formule 1 en participant à son grand prix national au volant d’une Brabham privée de l’écurie de Rob Walker. Puis, en 1965, il est intégré à la prestigieuse écurie Cooper. Le problème est que la vénérable institution britannique n’a justement plus grand chose d’autre que son prestige à faire valoir et que sa monoplace tient plus du fer à repasser que de la voiture de course. Désastreuse en F1, sa saison est par contre plus brillante en endurance puisqu’à la surprise générale, et au prix d’une folle remontée durant la nuit avec son compère Masten Gregory, il remporte les 24h du Mans au volant d’une Ferrari engagée par le NART.

Sa saison 1966 est plus heureuse. Boostée par un partenariat inspiré avec Maserati, l’écurie Cooper retrouve des couleurs et Jochen en profite pour décrocher ses premiers podiums et s’adjuger la troisième place du championnat. Il aurait même pu s’imposer lors du GP de Belgique : ce jour-là, sous le déluge qui noyait le vertigineux tracé de Spa-Francorchamps, il livra une époustouflante démonstration de virtuosité et d’audace avant que des soucis techniques ne l’obligent à se contenter de la deuxième place derrière John Surtees.

 


1966 belgian gp - jochen rindt (cooper-maserati)
Hélas pour Cooper et Rindt, l’embellie de 1966 restera sans suite et en 1967, l’écurie britannique retombe dans ses travers : manque de performance, manque de fiabilité. Quant à Rindt, il prend tous les risques au volant pour tenter de compenser les carences de sa monture, ce qui  l’amène plus d’une fois à cotoyer les rails et les talus, et assoit durablement sa réputation de pilote casse-cou. Ses relations avec son directeur sportif Roy Salvadori tournent progressivement au vinaigre et après une énième altercation entre les deux hommes (Jochen s’était vanté un peu trop bruyamment d’avoir volontairement cassé son moteur, estimant que l’euthanasie du V12 Maserati était préférable à une lente agonie), il est mis à la porte.

Accueilli à bras ouverts dans l’écurie Brabham (firme pour laquelle il multiplie les succès en Formule 2, discipline dont il s’affirme comme le maître incontesté), Jochen n’obtient toujours pas une F1 à la mesure de son talent, ce qui précipite son arrivée chez Lotus en 1969.

Championne du monde en titre avec Graham Hill, l’écurie Lotus n’en est pas moins orpheline de son pilote fétiche Jim Clark, tragiquement décédé lors d’une épreuve de Formule 2 en avril 1968 à Hockenheim. Le patron de Lotus, Colin Chapman, sait Rindt après crash 1969 qu’avec Rindt, il a mis la main sur un talent pur, comparable par certains aspects à Clark. Mais jamais la symbiose Chapman/Clark ne sera pas recréée avec Rindt. Rapidement, l’Autrichien se heurte à la philosophie de son patron, qui sacrifie tout à la vitesse de ses voitures, y compris la fiabilité et la sécurité. Dès son deuxième GP chez Lotus, en Espagne, Rindt est d’ailleurs victime d’un effroyable accident, son aileron arrière se brisant au passage d’une bosse et catapultant sa monoplace contre le rail de sécurité. Gravement blessé au visage, nez et palais fracturés, il doit observer une convalescence de plusieurs semaines.

 

De retour derrière le volant de sa Lotus 49, il subit une série d’avaries mécaniques en tout genre qui l’amènent à s’interroger sur la suite de sa collaboration avec Lotus. Malgré une fin de saison réussie et notamment l’obtention à Watkins Glen de sa toute première victoire en GP, après laquelle il courait depuis près de 5 ans, sa décision de quitter Lotus pour retourner chez Brabham semble prise.

Au-delà des relations tendues qu'il entretient avec son pilote, Chapman est conscient de son apport et n’a aucune envie de le laisser partir. Se sachant en position de force, Rindt et son manager (un certain Bernie Ecclestone) en profitent pour faire monter les enchères : d’accord pour rester chez Lotus, à condition d’obtenir un salaire fortement revalorisé, ainsi que la mise sur pied par Lotus d’une écurie de Formule 2 totalement dédiée à Rindt. Chapman accepte. En coulisses, une seule personne ne se frotte pas les mains. Présente sur tous les circuits, Nina Rindt a le sentiment qu’en restant chez Lotus, son mari a signé un pacte avec le diable. Si les rapports entre Chapman et Jochen sont tendus, ceux entre Chapman et Nina sont exécrables.


Jochen et Nina Rindt + Chapman
 

La belle Finlandaise, ex-mannequin, ne supporte pas le cynisme avec lequel Chapman mène son écurie, et la manière dont il semble considérer ses pilotes comme de vulgaires pions et leur mort éventuelle comme de simples péripéties de course.

Début 1970, Lotus introduit la Lotus 72, une voiture tout simplement révolutionnaire. A son volant, Jochen Rindt ne tarde pas à se montrer inbattable. Il s’impose à Monaco (sur la Lotus 49), puis consécutivement aux Pays-Bas, en France, en Angleterre et en Allemagne.


rindt1970  

Malgré cette série de succès qui propulse largement Rindt en tête du championnat du monde l’ambiance est toujours aussi lourde chez Lotus. Les problèmes de fragilité des monoplaces qui préoccupent tant Nina sont toujours d'actualité et son angoisse est exacerbée par les morts coup sur coup au mois de juin de Bruce McLaren et de Piers Courage, deux amis du couple Rindt. C’est dans ce contexte que Nina obtient de Jochen la promesse d’arrêter sa carrière au soir d’un titre mondial qui se rapproche désormais à grand pas. Jochen a changé. L’adolescent casse-cou de Graz, désormais au sommet de son art du pilotage, est devenu un homme conscient du prix de la vie et qui se reconnait de moins en moins dans ce sport automobile meurtrier. Il est temps d’arrêter, il le sait. Mais le temps, il ne l’aura pas.

Que s’est-il passé ce samedi 5 septembre 1970 à Monza ? Unique témoin du drame, Denny Hulme dira avoir vu la Lotus de Rindt dangereusement louvoyer à l’amorce de la Parabolique puis quitter la piste avant de s’encastrer sous un rail de sécurité. Défaillance des freins a priori.
Grièvement touché au cou, Jochen décède dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital de Milan.

Avec 20 points d’avance pour Rindt sur son plus proche poursuivant et 4 GP restant à disputer, la lutte pour le titre mondial reste mathématiquement ouverte, et cela d’autant plus que les pilotes Ferrari (Ickx et Regazzoni) s’affirment comme particulièrement véloces en cette fin de saison. Regazzoni s’impose à Monza et Ickx, malgré ses réticences à jouer le titre contre un fantôme, gagne au Canada. La victoire d’Emerson Fittipaldi (le nouveau pilote Lotus) à Watkins Glen scelle définitivement le sort du championnat : Jochen Rindt est sacré champion du monde, à titre posthume.

Par Thibaut - Publié dans : Culture F1 & histoire
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 19:23


La F1 est à Romorantin

Expo temporaire - Espace automobile Matra

 

« Pas de GP de France en 2009, l’évènement F1 est à Romorantin ! ».
F1 et Sologne, l’association est trop belle pour la manquer. Nous partons donc pour une belle balade à l’Espace Automobile Matra à Romorantin-Lanthenay (41) visiter le musée permanent et l’exposition temporaire « La F1 en pole position » qui s’est tenue entre le 16 mai et le 11 novembre 2009.


A
u premier regard surgit l'étonnante grille de départ au milieu du grand hall d’exposition. La Ferrari de 2007 de Massa partage la première ligne avec la R23 d'Alonso de 2003. Derrière, nous retrouvons des McLaren, Prost, Benetton, autant de voitures qui ont marqué l'histoire de la F1.

Ensemble remontons le temps et cette grille de départ atypique.

 

Expo-F1---3-.jpg


 Gordini Type 32 de 1956.
Motorisation : 8 cylindres en ligne, 2,5L
Puissance : 250 CV
Vitesse max : 270 km/h

 

Ferrari 156B de 1963.
C'est au volant de cette voiture que Lorenzo Bandini remporte sa première victoire en F1.
Moteur : 6 cylindres, 1,5 L
Puissance 200 CV
Vitesse max : 230km

 

Lotus type 33 de 1963.
Jim Clark remporte 7 courses et le titre mondial au volant de cette voiture. Pour l'anecdote cette monoplace fut ensuite utilisée pour le film Grand-Prix.
Moteur : 8 cylindres, 1,5 L
Puissance : 210CV
Vitesse max : 260km/h
Matra MS80 de 1969.
C'est au volant de cette voiture que Jackie Stewart a remporté 6 victoires lors de la saison 1969 et décroche le titre mondial. Le duo qu'il forme avec Jean-Pierre Beltoise permet également à Matra de remporter le titre constructeur.
Moteur V8 Ford-Cosworth 3L
Poids 550kg
Vitesse max : 285 km/h
Ligier JS9 de 1978.
Voiture de Jacques Lafitte qui termine 6ème au championnat pilotes.
Moteur : V12 Matra 3L
Puissance 515 CV à 12300 Tr/min
Poids 590kg
Vitesse max : 285km

Renault RE30 1982.
4 victoires pour l'écurie française cette saison là. Ses pilotes Alain Prost et René Arnoux se classent respectivement 4ème et 6ème du championnat pilotes alors que l'écurie est le 3ème constructeur.
Moteur : RS30 V6 turbo
Puissance : 560CV 1,5 L
Poids : 585 kg

 
Tyrrell 014 1986.
Malgré quelques coups d'éclats les pilotes Martin Brundle et Philippe Streiff ne parviennent pas à faire mieux que la 7ème place du championnat constructeurs.
Moteur : V6 turbo Renault 1,5L.
Puissance : 850CV
Poids 560 kg

Williams Renault FW15 1993.
Au volant de cette voiture Alain Prost remporte son 4ème titre mondial. C'est aussi ce châssis et ce moteur qui sont à la base de l'Espace F1 (dont nous reparlerons plus tard).
Moteur : RS5 V10 Renault, 3,5L.
Poids 505 kg (à sec)
Puissance : 720 CV

 
 McLaren-Peugeot MP4/9 1994.
Cette voiture, pilotée par Mika Hakkinen, est la première F1 motorisée par Peugeot. L'écurie termine 4ème du championnat constructeur.
Moteur : V10 Peugeot 3,5L
Puissance : 760CV
Poids 515 kg
Benetton Formula B195 de 1995.
9 victoires et un deuxième titre mondial pour Michael Schumacher au volant de cette monoplace. L'écurie Benetton-Renault décroche le titre mondial également.
Moteur : V10 Renault, 3L
Puissance : 750 CV
Poids : 595 Kg

Prost-Peugeot AP01 1998.
Après le rachat de Ligier en 199è, Prost se lance dans l'aventure constructeur. Mais les pilotes Jarno Trulli et Olivier Panis ne parviennent pas à atteindre les objectifs fixés.
Moteur : V10 Peugeot 3L
Puissance : 700CV

McLaren-Mercedes MP4/14 1999.
Si Mika Hakkinen remporte le titre au volant de cette monoplace avec 5 victoires, le titre constructeur échappe à McLaren au profil de Ferrari pour 4 petits points.
Moteur : V10 Mercedes-Benz 3L
Puissance 810 CV
Poids : 605kg

Renault R23 de 2003.
C'est au volant de cette monoplace que le jeune prodige espagnol Fernando Alonso éclate en signant la première victoire de sa carrière en Hongrie.
Moteur V10 à angle ouvert 111°, 3L
Puissance : 800CV
Poids : 600 kg

Ferrari F2007 de 2007.
C'est au volant d'une voiture similaire que Räikkönen décroche son titre mondial et offre en compagnie de Massa le titre constructeur à Ferrari.
Moteur : V8 Ferrari, 2,4L
Poids 605 kg.

 

Il est intéressant de constater visuellement l'évolution des monoplaces de F1. La disparition progressive des "cigares" au profil des ailerons, les cockpits modifiés afin d'offrir une meilleure protection au pilote, les volants couverts de boutons et molettes de plus en plus nombreux. Les dimensions, les lignes, les museaux, les ailerons arrière, les sculptures aéro de la carrosserie, les pneus, etc. 

Expo F1 (9)
Expo F1 (8)
Expo F1 (7)
Expo F1 (6)
     Expo F1 (4)Expo F1 (5)

Tout a changé aux fils des années. Et pour les visiteuses attentives que nous sommes,
ce sont mille et un détails qui nous assaillent et qui nous prouvent que la F1 c'est aussi un terrain de jeux pour ingénieurs audacieux.

Expo F1 (11)     Expo F1 (10)

 

 

 Expo F1
A côté de ces monoplaces, nous retrouvons des objets "quotidiens" d'un pilote : bottines, gants, plusieurs casques…

Mais ce qui retient le plus notre attention est le trophée mondial de Michael Schumacher de 2004.

Sur cette coupe magnifique sont reproduites les signatures de tous les champions du monde la F1, de Farina à Schumacher. Ce sont  des dizaines d'autographes comme autant de champions.

L’objet, qui ne mesure qu'une soixantaine de centimètre, est immense symboliquement et émotionnellement puisqu’il nous renvoie à l’histoire de la Formule Un et à tous ces hommes magnifiques qui y ont laissé leur empreinte.

Après cette plongée au cœur de la F1, partons à la découverte de MaTRA.


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Par Marie - Marine - Publié dans : Culture F1 & histoire
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 11:19
Fratelli d'Italia


Un pilote italien chez Ferrari, quoi de plus logique ? Mais avant Badoer et Fisichella, il fallait remonter à Nicola Larini (remplaçant de Alesi, blessé, pendant deux courses en 1994) pour trouver la trace d'un Transalpin dans une voiture rouge.



Très patriote, Enzo Ferrari a longtemps donné la priorité aux pilotes italiens. Son pilote fétiche est d'ailleurs longtemps resté Tazio Nuvolari, qui pilotait pour la Scuderia Ferrari dans les années 1930, à une époque où elle était le bras armé officiel d'Alfa Romeo en compétition. Au sortir de la guerre, les pilotes italiens de talent sont légion et continuent de se succéder dans les écuries italiennes et bien entendu chez Ferrari. Le plus brillant d'entre tous ? Sans nul doute Alberto Ascari, qui survole les saisons 1952 et 1953 avant de rejoindre Lancia pour une histoire de gros sous. Ascari reste à ce jour l'unique pilote italien à avoir remporté la couronne mondiale au volant d'une Ferrari. Dans les années qui suivront, Enzo Ferrari n'aura de cesse de lui chercher un successeur, mais sans réussite. Les jeunes Eugenio Castelloti et Luigi Musso, beaux et talentueux, incarnent à merveille la relève italienne, mais tous deux se tueront au volant d'une voiture rouge en 1957 et 1958.
Alberto Ascari
 
Giancarlo Baghetti, victorieux du GP de France 1961 sur une Ferrari semi-officielle, puis Ludovico Scarfiotti, vainqueur du GP d'Italie 1966, ne s'affirmeront jamais comme des champions en puissance, au contraire de l'ombrageux Lorenzo Bandini, vers lequel tous les regards de l'Italie convergent à partir de 1962. Près de 10 ans après les titres d'Ascari, et tandis que les talents "made in Italy" se raréfient, la pression populaire et médiatique se fait de plus en forte de l'autre côté des Alpes. Quitte à nuire à la sérénité de l'écurie. En 1966, exaspéré par les pratiques d'Eugenio Dragoni, directeur sportif de la Scuderia qui rêve de mener Bandini jusqu'au titre mondial, John Surtees préfère claquer la porte. Bandini ne profitera pas longtemps de son statut (trop grand pour lui ?) de leader de la Scuderia puisqu'il décède des suites de son accident lors du GP de Monaco 1967. Conscient de l'immense attente qu'il suscitait au pays, Lorenzo a tout tenté pour revenir sur le leader de la course Denny Hulme, ignorant les signes de fatigue et la baisse de ses réflexes. Une trajectoire approximative à la chicane du port à quelques tours de l'arrivée l'expédie contre les bottes de paille où sa voiture s'embrase instantanément. Il mourra trois jours plus tard de ses blessures.
Lorenzo Bandini
 
La mort de Bandini marque un tournant dans la politique sportive de la Scuderia. Très choqué, mais également conscient du fort impact qu'a eu ce drame sur l'opinion publique italienne et ses conséquences pour l'image de la marque, Enzo Ferrari décide de fermer les portes de la Scuderia aux pilotes italiens. Si l'on excepte les quelques courses disputées par Ignazio Giunti et Nani Galli et Arturo Merzario au début des années 1970, il faudra attendre les années 1980 pour retrouver un Italien chez Ferrari.
Ce n'est pourtant pas faute pour la presse italienne de faire campagne en faveur de ses représentants. Excédé de voir sa présence chez Ferrari régulièrement remise en cause, "l'étranger" Niki Lauda ira jusqu'à dire en 1975 : " Les pilotes italiens ? Tout juste bons à faire crisser les pneus de leur Fiat 500 autour de l'église de leur village."

Une phrase vacharde mais pas totalement sans fondement. Car si Ferrari boycotte si facilement les pilotes italiens, c'est aussi parce que les talents locaux se font rares durant les années 1970. Pragmatique, Enzo Ferrari n'hésite d'ailleurs pas à changer son fusil d'épaule quand il constate l'émergence du prometteur Michele Alboreto, qu'il recrute en 1984. L'année suivante, Alboreto tient toute l'Italie en haleine lorsqu'il s'empare de la tête du championnat à mi-saison après être sorti vainqueur d'un duel au sommet avec Alain Prost sur le Nurburgring. A ce jour, il s'agit de la dernière victoire d'un pilote italien sur une Ferrari. Une fin de saison catastrophique oblige "Albo" à se contenter de la deuxième place du championnat. Jamais il ne se remettra de cet échec et de l'extrême déception provoquée dans son pays.
Michele Alboreto
 
En 1992, Ferrari recrute Ivan Capelli. Le Milanais passe alors pour être l'un des plus grands espoirs du sport automobile mondial, mais il ne faudra que quelques courses pour détruite cette image. Totalement hors du rythme, Capelli réalise une saison catastrophique. Pilote surcoté ? Peut-être bien. Pilote incapable de résister à l'immense pression populaire consistant à être un Italien chez Ferrari ? Sans doute aussi.

Capelli est le dernier pilote italien a avoir été titularisé à temps complet chez Ferrari. En 1993, Jean Todt prend les commandes de la Scuderia et l'un de ses premiers objectifs est de limiter l'influence déstabilisatrice de la presse italienne. Conscient du "casino"* qu'est susceptible d'engendrer la présence d'un pilote italien du côté de Maranello, il ignore systématiquement les appels d'offre de Fisichella, dont le talent n'a rien à envier à Irvine et Barrichello, mais que les médias auraient sans doute vu avec moins de complaisance se glisser dans le costume du bon petit lieutenant aux ordres.

Après près de 10 ans d'attente, Giancarlo Fisichella a enfin l'occasion de réécrire l'histoire à partir de ce week-end.
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*"casino" est
le mot italien pour dire "bordel", "foutoir"
Par Thibaut - Publié dans : Culture F1 & histoire
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